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Voyage... et interruptions volantes
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En'trie

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MessagePosté le: Dim 7 Aoû - 00:49 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant



    Voyager... Peut-être était-ce, dans la liste limitée d'actions qu'elle pouvait entreprendre, ce qui lui rappelait le plus son ancienne vie. Certes, marcher le long d'une côte, sur terre, dans une lande luxuriante n'était pas se promener d'océans en mers ou de vagues en abysses. Mais le charme du mouvement, de la découverte, et de la beauté du monde y étaient aussi ; elle avait ainsi l'impression de retrouver une communion infime avec les Dieux. Et après la moiteur de sa cellule, même cette épopée bassement terrestre était délicieuse.

    Leur marche était simple. Jizanaël guidait leur duo, En'trie refusant de prendre une quelconque décision, et elles avançaient, l'une suivant l'autre, sans échanger de paroles. Leur allure était modérée, voire lente. Il semblait presque à la demi-déesse que sa maîtresse ralentissait son pas exprès pour ne pas brusquer son invocation encore affaiblie par sa détention. Ou peut-être aimait-elle juste admirer la succession des landes herbeuses. La servante d'Aqua, quant à elle, préférait se perde dans l'horizon marin quand les deux femmes longeait la mer dans leur périple vers Lüh.

    Elles campèrent une nuit dans les landes, et En'trie s'endormit en contemplant des montagnes rendue bleue par la distance, rêveuse. Elles reprirent leur marche le lendemain, avares de paroles. Mais ce silence, étrangement, était presque confortable. Ce n'était pas un refus ou une indifférence de l'autre, juste de la patience, comme s'il ne fallait pas brusquer les choses, et que leur longue discussion dans le temple de l'eau suffisait à nourrir leurs pensées pour le début de ce voyage.

    Les terres vertes perdirent rapidement leurs herbes touffues, et, sous la direction de Jizanaël, elles atteignirent un sol qui devint soudainement sableux. Les dunes orangées étaient désormais leur horizon, et la chaleur montait inexorablement à mesure qu'elles s'enfonçaient dans le désert.

    L'expérience était nouvelle pour En'trie. Son dernier maître vivait dans les Landes du nord, et ceux qui s'étaient rendus à Lüh avait utilisé un bateau. Personne ne semblait avoir eu envie de gambader joyeusement sur le sable brûlant. Car il brûlait. Ses pieds tendres et palmés s'enfonçaient dans un terrain de feu qui semblait vouloir dévorer toute l'eau de son corps. Ce n'était pas très agréable, mais pas foncièrement dangereux : plutôt comme si le désert lui avait jeté un défi, lui envoyant sa fournaise tout d'un coup, jaugeant ses forces. Et que, malgré le vacillement de la surprise, En'trie avait finalement pris le dessus, puisant dans sa nature d'Invocation d'Aqua pour se ré-hydrater entièrement et même plus rapidement que son eau ne s'évaporait. La demi-déesse suintait même, une fine pellicule humide recouvrant son corps maintenu à une température agréable. Observant sa Maîtresse, elle se demanda comment les humains faisaient contre cet environnement agressif, eux si faibles et dépourvus de magie. Lui demanderait-elle son aide ? Elle l'ignorait, pensive.

    Finalement, le désert, c'était une mer de sable, à la beauté étrange. Peut-être y avait-il plus à y découvrir qu'une simple violente chaleur...


    Puis En'trie crut entendre un sifflement. Elle plissa les yeux et tenta de percer les ondulation de l'air, essayant de déterminer la source de ce bruit assez incongru. Elles avaient croisé peu – voire aucune – créature vivante depuis les quelques heures où elles y marchaient : ce changement avait de quoi étonner. Écoutant son instinct qui lui signifiait un danger, elle finit par essayer de prévenir sa Maîtresse qui semblait n'avoir rien entendu avec sa pauvre ouïe humaine :


    « Jizanaël, quel est ce bruit ? »


    Puis En'trie s'arrêta, sur ses gardes, lorsque la stridulation augmenta en intensité comme si elle s'approchait... Et la vitesse de progression semblait trop puissante pour une créature terrestre, d'autant que rien ne semblait troubler les dunes paresseuses. L'Invocation leva alors les yeux au ciel, guettant un mouvement.


    « Ce sifflement me semble venir de quelque chose qui vole, il faudrait... »


    Elle s'interrompit, distinguant quelque chose à l'horizon. Une créature volante, qui grossissait, grossissait énormément, arrivant en rase-motte. La beauté de cette avancé aisée hypnotisait En'trie. Un vol terrible. Rapide aussi, même trop rapide, et...


    « A terre ! »


    Sans regarder ce que faisait Jizanaël, En'trie se jeta contre le sable pour éviter les serres acérés de l'animal. La violence de son réflexe la déstabilisa, et elle glissa dans une gerbe de sable le long de la dune qu'elles avaient surmontée quelques minutes plus tôt. Son corps se couvrit de grains mouillés orangés.

    Brusquement, un sentiment puissant de culpabilité la frappa. Et sa Maîtresse ? Que lui était-il arrivé ? Au lieu de la défendre comme était son devoir, elle s'était lâchement protégée, comme une bête qui n'agit que par instinct. Se maudissant intérieurement, elle se releva, le cœur battant. La seule chose dont elle était sûre, c'était de la vie de Jizanaël ; dans le cas contraire, elle serait immédiatement retournée au temple. Elle scruta donc les environs, prête à se racheter, essayant de déterminer l'emplacement du monstre... et surtout l'état de sa Maîtresse.


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MessagePosté le: Dim 7 Aoû - 00:49 (2011)    Sujet du message: Publicité

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Jizanaël

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MessagePosté le: Dim 7 Aoû - 13:07 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant

    Le Désert. Étendue infinie de dunes ; vagues sableuses qui s’emparaient de l’horizon ; grains de sable dansant sous le souffle du vent. Après notre rencontre au temple, En’trie et moi avions suivit la route jusqu’au désert ambré. Notre marche, lente et muette, me paraissait emprunte de sérénité. Le silence paraissait porter plus de paroles et de bienfaits que n’importe quelle conversation qui aurait pu nous venir à l’esprit. Je faisais attention à ménager les forces d’En’trie, qui en plus de traverser une région dépourvue d’eau, sortait à peine de sa cellule. Seule la mer offrait un horizon liquide lorsqu’il nous arrivait de la longer. Le reste n’était que collines d’or au sable torride balayées par le vent tourbillonnant. La chaleur était intense, mais j’étais habituée aux conditions éreintantes du désert. Perdue dans mes pensées, je ne pus retenir un sursaut lorsque la voix d’En’trie émergea du silence.
« Jizanaël, quel est ce bruit ? »
    Ce bruit ? Je prêtais attention aux alentours. D’abord, je ne distinguais que le murmure du vent et la houle lointaine de la mer. Puis un sifflement. Je l’avais déjà entendu, il s’agissait du bruit caractéristique des Zuhu. Je crus d’abord que les dunes nous cacheraient assez de la vision du monstre qui, d’après l’intensité du bruit, devait encore être assez loin. Malgré tout, le sifflement prit de l’ampleur. Le monstre volait vers nous.
« Ce sifflement me semble venir de quelque chose qui vole, il faudrait... »
    Aidée par mes réflexes acquis au cours de mes longues années de chasse, je m’emparai mon arc, prête à nous défendre si le Zuhu s’approchait un peu trop près. C’est ce qu’il fit. Dans un premier temps, je décochai une flèche qui manqua ma cible de peu. L’oiseau du désert était beaucoup trop rapide, et assez agile pour esquiver mes offensives. Irrité par mon attaque, le Zuhu augmenta sa rapidité. Je n’avais pas le temps d’encocher une nouvelle flèche.
« A terre ! »
    Je m’étendis sur le sol. Trop tard. Les griffes du Zuhu avaient déjà lacéré mon épaule. Heureusement, le conseil d’En’trie m’avait évité d’être touchée à la gorge. Me relevant brusquement, je fis face au Zuhu et envoyait deux flèches, visant ses ailes. J’espérais ainsi l’empêcher de voler, ce qui comportait un avantage trop grand pour notre assaillant. Je cherchai du regard mon invocation, et la trouvai non loin de moi. Elle s’était elle-même jetée à terre, esquivant de justesse l’attaque du monstre. Sans vérifier si mes flèches avaient atteint leur cible, je lui dis :
« Bon réflexe !
Il s’agit de ce que les humains appellent un Zuhu. Notre priorité est de l’empêcher de voler, nous pourrons ensuite le neutraliser sans difficultés !
»
    Je préparai une nouvelle flèche, parée à faire face à la suite.
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En'trie

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MessagePosté le: Dim 7 Aoû - 15:04 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant

    « Bon réflexe !
    Il s’agit de ce que les humains appellent un Zuhu. Notre priorité est de l’empêcher de voler, nous pourrons ensuite le neutraliser sans difficultés !
    »


    L'entente de sa voix fut un soulagement pour En'trie. Elle n'avait pas failli. Et effectivement, placée plus haut qu'elle, Jizanaël s'était relevé, son arc à la main, une flèche prête à être envoyée. La servante d'Aqua crut distinguer un peu de sang sur son épaule ; son premier réflexe fut d'essayer d'activer un sort de guérison... avant de se souvenir de sa faiblesse. En vérité, la seule action magique qui lui était possible se résumait à un simple contact mouillé.

    Contact légèrement problématique lorsque l'ennemi vole... Elle qu'elle n'avait aucun moyen de l'envoyer à terre.

    À ce propos, l'augmentation de l'intensité du sifflement avertissait d'une nouvelle charge de l'animal. En'trie examina un instant la dune de sable, éliminant l'option de la montée. Cela lui prendrait trop de temps et patauger dans le sable traître gaspillerait ses forces. Que pouvait-elle faire ? Une bouffée de découragement s'engouffra en elle ; sa Maîtresse pourrait-elle venir à bout seule d'un « Zuhu » avec une épaule blessée ?

    La créature volante fonçait sur eux... et surtout sur l'humaine ; peut-être était-ce l'odeur de sa blessure qui attirait le monstre affamé. Angoissée, paniquée, sans arme aucune, En'trie attrapa la première chose qui lui vint à l'esprit ; les coquillages de sa parure. Les tenants bien en main, elle se déplaça légèrement sur sa droite, le dos à la dune, le bras contracté. Alors que le Zuhu, affolé par son sang qu'il sentait et par la flèche enfoncé dans sa patte droite, approchait de Jizanaël, l'Invocation lui balança de toutes ses forces un coquillage. Puis deux, puis plusieurs, comme une lapidation désespérée.

    Certes, les projectile étaient petits, mais la demi-déesse gardait une force tout à fait honnête, malgré sa puissance amoindrie. Ce caillassage agaça le monstre déjà blessé par ailleurs, et troublait son vol lorsqu'ils griffaient ses ailes tendus par son approche. Après son passage dont En'trie ne put déterminer l'efficacité – elle espérait que Jizanaël s'en était encore sorti –, il vira, et fonça sur la petite créature gênante bleue-orangée qu'était pour lui l'Invocation.

    Si sa Maîtresse n'avait pas encore touché ses ailes avec ses flèches – elle ne pouvait le vérifier, le monstre fonçant (ou tombant ?) sur elle trop rapidement –, c'était maintenant l'occasion ! En'trie plongea de nouveau au sol lorsque le Zuhu devint trop proche, priant pour que ce soit sa dernière offensive.
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MessagePosté le: Mar 9 Aoû - 23:41 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant

    Le monstre se retourna alors vers moi. Ses yeux de prédateur me fixaient intensément, tandis que ses ailes battaient puissamment pour le porter jusqu’à sa destination. Jusqu’à sa proie. Ma flèche siffla. Elle atteignit sa cuisse, mais ne fit qu’attiser la fureur du Zuhu. Guidé par un instinct mortel, il piqua sur moi. Saisissant l’unique option de survie qui se profilait, je me jetais à terre, parmi les grains de sable brûlant. J’avais, du coin de l’œil, aperçu En’trie qui dardai des coquillages sur le monstre furieux. Après avoir essuyé son échec face à moi, le Zuhu fondit sur la fille d’Aqua. Obéissant à la voix qui hurlait en moi, je décochai une, deux, puis une dernière flèche sur le monstre. La première, guidée par le souffle de la chance, atteignit son aile droite. La deuxième, que j’avais lâchée avec trop de précipitation, manqua sa cible. La troisième, imprégnée de mon désespoir, traversa la nuque du Zuhu. Le monstre s’effondra à terre, inerte. La vie s’était échappée de sa carcasse, et il ne restait plus de lui qu’un cadavre criblé de flèches. Je n’étais pas du genre à regretter mes monstrueuses victimes, bien que mon respect pour Arcane et ses créatures était immense. Ainsi était la vie telle que les Dieux l’avaient voulu : les plus puissants survivaient ; les autres trépassaient. Le Zuhu avait sans doute cru faire partie des premiers, mais il s’était lourdement trompé.

    Sans en prendre véritablement conscience, je ramassai les coquillages lancés par En’trie, qui gisaient sur le sable comme des perles rares perdues dans un océan de cailloux. Je me sentais indigne de toucher ainsi la parure d’une Demi-Déesse, mais je devais bien la lui rapporter, sans quoi elle serait abandonnée dans le Désert, sans aucun moyen de retrouver ni leur propriétaire, ni leurs eaux originelles. Cela me semblait d’une étrange tristesse, semblable à celle d’un humain qui doit à jamais demeurer loin de sa patrie natale. Certains – peut-être En’trie elle-même – me trouveraient candide et stupide en prenant connaissance des pensées qui me traversaient l’esprit. Pourtant, n’était-ce pas ainsi ? Toute chose à une origine, avec qui elle possède un lien puissant. Mon cas était à part, car je ne possédais ni ville ni contrée d’origine ; j’avais seulement connu la beauté du monde entier et les rêves d’un père adoptif. Mais En’trie par était sans doute liée aux océans et aux mers. L’eau lui manquait-elle beaucoup ? Sans doute. Il fallait que je l’emmène plonger quelque part ; n’importe où. Cependant, la priorité était de penser au moment présent. Je rejoignis En’trie, qui avait quelques instants plus tôt eu le même réflexe que moi devant l’offensive du Zuhu : se jeter à terre. Je lui tendis ses coquillages :
« Reprends-les, ce serait dommage de les laisser ici. Et puis, ils peuvent toujours nous être de nouveau utiles ! »
    J’avais tenté de formuler ma dernière phrase sur un ton de plaisanterie, espérant qu’En’trie n’était pas totalement dépourvue d’humour – ce qui ne m’étonnerait aucunement. Puis je m’agenouillai aux cotés du cadavre du Zuhu. Deux des flèches qui s’y étaient plantées étaient récupérables. Je les ôtai du corps sans vie, essayai d’en enlever le maximum de sang et les replaçai dans mon carquois. Puis je m’octroyai d’une fiole de sang de Zuhu, en en expliquant la raison à voix haute :
« Le sang de ses bêtes pourra me servir à concocter des potions contre certaines maladies, comme la rage par exemple. Je pourrais le revendre, mais la fabrication des potions coûte finalement beaucoup moins cher qu’en acheter une toute faite. »
    En’trie connaissait peut-être le système d’argent des humains, si elle avait déjà eu des invocateurs. Quoi qu’il en soit, il me semblait utile de lui préciser que je ne prenais pas le sang du Zuhu par plaisir – on ne pouvait jamais prévoir l’émergence d’un malentendu. Une fois en possession de mon butin, je contemplai l’horizon. Il nous faudrait encore marcher un moment, et ce combat nous avait retardé. Me souvenant soudainement de quelque chose, je déclarai :
« Il ne faut pas rester ici, les Zuhu chassent souvent en groupe. Si celui-ci était seul, nous avons eu de la chance, mais… »
    Un… Non, deux sifflements retentirent, encore loin derrière nous. Nous n’avions pas eu de chance.
« Il faut nous cacher entre les dunes ! Vite ! »
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En'trie

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MessagePosté le: Ven 12 Aoû - 17:36 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant

    Finalement, alors qu'Entrie attendait une autre offensive, le Zuhu la rata, et s'écrasa à terre quelques mètres plus loin, une flèche plantée dans la nuque. L'invocation se releva lentement, avalant le sable qui s'était introduit sous sa langue. C'était mort, probablement. Une odeur de rouillée la frappa brusquement, une odeur qu'elle associait aux hommes et au monde terrestre. Dans l'eau, la mort... était plus belle.

    Elle s'approcha doucement, sans un mot, oubliant presque Jizanaël qui arrivait à son niveau. Le sang coulait légèrement des blessures du monstre, tombant, prenant des reflets maronnâtre et s'infiltrant dans l'ambre du sable qu'il souillait. On aurait presque dit que sa trace serait indélébile, impossible à effacer, comme si la mort était quelque chose de grave et de définitif. En'trie se rappela alors ses océans, masses marines qui buvaient le liquide de vie, qui le dispersaient en le faisant disparaître. C'était beau, ces filets rougeâtres qui volaient dans l'eau comme une fumée d'encens dans l'air, beau et poétique, à son goût. Ici... Décidément, la terre ferme était aussi hideuse qu'elle se le rappelait.

    Brusquement, sa Maîtresse, en lui passant devant, lui lança les coquillages qu'elle avait lancés au monstre dans un ridicule geste de défense. En y repensant, elle trouva ça pathétique.

    « Reprends-les, ce serait dommage de les laisser ici. Et puis, ils peuvent toujours nous être de nouveau utiles ! »

    Elle les observa un instant, intriguée. Lorsque l'on jette quelque chose à la mer, cette dernière le prend, et ne le rend pas. Ici, rien ne bougeait, tout restait où il tombait. C'était encore une habitude qu'elle avait perdu en retournant au temple, une habitude qu'elle ne prendrait jamais. Si cela ne tenait qu'à elle, elles les auraient remis au creux du sable pour qu'ils naviguent vers d'autres lieux. Mais son Invoqueuse lui avait ordonné de les reprendre, comptant apparemment s'en resservir pour un autre usage obscur ; obéissante, elle les réincrusta donc dans sa peau. Et puis, peut-être qu'Aqua préférait plutôt que ses créations retournent dans ses demeures.

    Pendant ce temps, Jizanaël s'était accroupie devant le monstre. La demie-déesse s'approcha pour la protéger au cas où quelque chose de dangereux couvait encore dans la carcasse du monstre. Après sa négligence passée, elle préférait désormais se rassurer dans le trop-plein de prudence.

    « Le sang de ses bêtes pourra me servir à concocter des potions contre certaines maladies, comme la rage par exemple. Je pourrais le revendre, mais la fabrication des potions coûte finalement beaucoup moins cher qu’en acheter une toute faite. »

    Ainsi, le sang sur terre qui colle et qui sèche trouvait des usages à long terme ? Coutume étrange de ne voler que le sang d'une créature en laissant sa chair pourrir au soleil agressif. Enfin, comme partout, supposa la servante d'Aqua, des charognards finiraient le travail. Elle reconcentra son attention sur sa Maîtresse et observa son sang qui imbibait légèrement le tissu touchant son épaule. La blessure n'était pas grave, mais il allait falloir la soigner si on voulait éviter l'infection. Elle voulu tendre un bras pour utiliser ses pouvoirs de guérison, mais le rabaissa à peine le geste esquissé. Rien. Aucune magie. Un vide total, une faiblesse terrible, plus terrible encore que son emprisonnement. Elle s'apprêtait à prendre la parole, comme lui ordonnait son devoir, pour conseiller à Jizanaël de se soigner, quand un léger sifflement l'interrompit. Serait-ce....?

    « Il ne faut pas rester ici, les Zuhu chassent souvent en groupe. Si celui-ci était seul, nous avons eu de la chance, mais…
    Écoute ! Il y en a un... non, deux... 
    Il faut nous cacher entre les dunes ! Vite ! »

    Et Jizanaël fonça brusquement dans la direction opposée au bruit qui intensifiait, vers le creux entre deux grosses dunes. En'trie avait peur. Sa Maîtresse était blessée, faible, tristement humaine, et deux monstres les avaient prises en chasse. Comment pouvait-elle tenir ce rythme ? Et si d'autres encore arrivaient ? Oh, quelle belle Invocation faisait-elle, incapable de garder en vie son Maître plus d'une semaine ! Le souffle court, le sang battant à ses tempes, la demi-déesse se mit à courir à la suite de la chasseresse, tout en réfléchissant désespérément à une autre solution.

    Puis il lui sembla apercevoir une tâche de vert, légèrement plus à l'ouest de leur direction, derrière une grosse dune. Une oasis ? Un mirage ? Ou pire... un autre monstre ? Pas un gramme de vent et une chaleur torride l'empêchait d'utiliser ses sens olfactifs plus développés que ceux des humains. Elle tâta pendant quelques fractions de secondes les diverses options qui s'offraient à elle, réfléchissant à toute vitesse. Fallait-il s'arrêter ici, se cacher, et attendre ? Continuer en espérant arriver avant les Zuhus près du point d'eau ou une végétation parsemée serait peut-être un bouclier plus efficace ? Finalement, l'idée goûter de l'eau dans ce désert impitoyable emporta sa décision. Et puis, ici, entre deux dunes, il suffisait aux Zuhus se s'engouffrer pour les cueillir trop facilement, le sang de sa Maîtresse achevant de les guider.

    «  Par là je pense qu'il y a une oasis. Nous aurons plus de chance là-bas. »

    Pressée, paniquée, elle vira, et dépassa Jizanaël après lui voir indiqué la direction. Elle voulait se dépêcher pour voir le plus rapidement possible si un danger les attendait vers l'avant, tout en surveillant l'intensité du sifflement pour juger de la hauteur des Zuhus. Peut-être même, avec un peu de chance, s'arrêteraient-ils pour dévorer la carcasse du leur plutôt que de les poursuivre si elles s'éloignaient assez.

    Soudainement, un hurlement qui semblait humain déchira l'air. En'trie paniqua un instant, pensant à Jizanaël, puis se rendit compte qu'il était trop lointain pour que ce soit son Invoqueuse. Elle se tourna à droite, là d'où il semblait venir. L'horizon n'était pas net, comme si le sable se soulevait par une tempête... ou l'avancée de quelque chose. Certainement la deuxième option au vu de l'absence de vent. Qu'est-ce.... Puis une déflagration de flammes, au loin.

    « Il y a du feu et des gens à l'est ! Que faisons-nous ? »

    C'était trop, trop d'information à gérer. Elle était à découvert, le sifflement des Zuhus désormais trop proche, un potentiel danger de l'autre côté, des hurlements, du feu, et une oasis dont elle n'était même pas sûre de la nature. Pourquoi les humains appelaient-ils "désert" ce qui semblait brusquement regorger de choses ? En'trie s'arrêta alors, et chercha Jizanaël du regard. Que faisait-elle ? Les Zuhus étaient-ils sur elle ? L'avait-elle suivie ?


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MessagePosté le: Dim 14 Aoû - 18:20 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant

    L’instinct de survie hurlait dans mon esprit, m’ordonnant de fuir aussi loin que je le pouvais. Cependant, la raison me murmurait qu’il ne servait à rien de tenter de courir : les Zuhus, à l’aide de leurs puissantes ailes, étaient bien plus rapides. Aussi la solution la plus sûre semblait de se cacher à l’ombre des grandes dunes avant l’arrivée des monstres. C’est du moins la première chose qui m’était venue à l’esprit. Cependant, elle me semblait à présent dérisoire : si les Zuhus flairaient nos traces, rien ne les empêcherait de nous attaquer. Peut-être auront nous une chance de leur faire face, mais elle était minime, et ce ne serait certainement pas sans contrepartie. A l’idée des blessures à venir, je repris conscience de la signature que le premier et défunt monstre avait tracée sur mon épaule. Je tentai d’oublier la douleur lancinante : la situation ne se prêtait pas aux premiers soins, mais à la réflexion. Et, pendant que je réfléchissais, les sifflements ne cessaient de prendre de l’ampleur, menaçant de détruire à jamais mes tympans.
« Par là je pense qu'il y a une oasis. Nous aurons plus de chance là-bas. »
    La voix d’En’trie me propulsa hors de mes pensées. Un oasis ? Je ne le voyais pas. Sans doute était-il trop loin pour mes yeux humains. L’invocation passa devant moi, et je la suivis sans protester. Si elle avait raison, c’était notre plus belle chance de survie. Surtout que la puanteur s’élevant du cadavre du Zuhu se répandait rapidement avec la chaleur : il fallait nous en éloigner et laisser l’odeur de la carcasse masquer les nôtres. Soudain, En’trie vira à droite. Avait-elle remarqué ou entendu quelque chose ? C’est ce qu’il semblait. Peu à près, j’entendis le bruit d’une violente déflagration.
« Il y a du feu et des gens à l'est ! Que faisons-nous ? »
    Du feu et des gens à l’est. Deux Zuhus derrière. Un oasis devant. C’était une situation déconcertante, mais je tentai de ne pas me laisser submerger par les événements. Très bien. Nous n’étions que deux, et nous ne pouvions pas faire face à nos poursuivants seuls. La meilleure solution semblait de rejoindre ces personnes, car les Zuhus semblaient trop proches pour que nous pussions espérer rejoindre l’oasis avant qu’ils ne nous rattrapent.
« Rejoignons ces personnes, avant que les Zuhus ne nous voient ! »
    Je courais vers l’est, et arrivée au sommet d’une dune, put voir une scène qui m’inspirait autant l’espoir que l’appréhension. En contrebas, un groupe de deux hommes et une femme se battaient contre un Sanza Roux, apparemment à l’origine de la déflagration. Ils étaient armés, mais semblaient peu expérimentés et en mauvaise posture. Derrière, je pouvais sentir le regard des Zuhus posés sur nous.
« Nous aurons besoin de l’aide de ces voyageurs, allons vaincre ce Sanza ! »
    J’indiquais à En’trie la créature, et retint mon souffle lorsque je vis cette dernière fondre sur la femme, qui continuait de crier. Je bandai mon arc et décochai une flèche qui atteint la patte droite arrière du monstre, ce qui l’arrêta net dans son élan. Le Sanza, ainsi que le groupe d’humains, prit alors conscience de notre présence. Je me plaçai en contrebas de la dune, pouvant ainsi attaquer le félin à distance tout en me protégeant de nos tenaces poursuivants.
« En’trie, je crois que tes pouvoirs d’invocation ne seront pas de trop pour nous sauver, aujourd’hui… »
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En'trie

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MessagePosté le: Lun 15 Aoû - 22:57 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant

    Jizanaël rejoignit rapidement En'trie, vive et concentrée. Sa blessure ne semblait pas la ralentir, et elle paraissait entièrement tendue vers l'action, dans l'action. C'était son regard scrutateur, son arc à la main, et son endurance qui rappelait à la Servante d'Aqua l'attitude d'un prédateur. Peut-être ne fallait-il pas oublier l'ancienne prédominance de l'homme... et ce dont il était capable. Car si sa Maîtresse pouvait chasser, elle pouvait alors aussi devenir la proie d'un autre homme. Et c'était son devoir que d'empêcher que cela n'arrive.

    « Rejoignons ces personnes, avant que les Zuhus ne nous voient ! »

    Ce fut alors avec méfiance qu'En'trie observa le combat qui se déroulait à l'endroit de la déflagration, après avoir suivit docilement sa Maîtresse. Trois êtres humains dont une femelle tentaient de survivre face à un autre monstre, de type félin. L'Invocation le contempla, étrangement attirée. Son pelage prenait la teinte d'ambre profond des dunes ombrées, tâché d'un brun plus sombre, et de longues moustaches d'un bon mètre crépitaient, entourées d'un frémissement qu'elle devina brûlant. Tout son être tendait vers la chasse et l'agressivité, un absolu fascinant... teinté d'un Don d'Ignis, un pouvoir qui lui donnait, au goût d'Entrie, cette beauté tordue.

    « Nous aurons besoin de l’aide de ces voyageurs, allons vaincre ce Sanza ! »

    Émerveillée devant cette créature, happée par cette miette de puissance divine, En'trie sursauta en entendant Jizanaël. Elle se réprimanda intérieurement, agacée de son état de contemplation, ridicule en plein combat. Pourquoi se laissait-elle aussi facilement distraire ? Et pourquoi tout allait si vite, ici ?

    « En’trie, je crois que tes pouvoirs d’invocation ne seront pas de trop pour nous sauver, aujourd’hui… »

    Cette phrase acheva de meurtrir l'invocation. Elle ne faisait que de faillir à sa tâche par sa mollesse et son humeur lunatique. Reprenant une attitude plus concentrée, elle ne remarqua que maintenant la bizarrerie de leur situation : pourquoi les Zuhus, si rapides, n'étaient-ils pas encore sur eux ? L'absence de sifflement la frappa ensuite, et elle se retourna vivement .À quelques dunes de là, elle distingua deux de ces monstres ailés crier et dévorer ce qui semblait être la carcasse de celui qu'elles avaient déjà tué. Ils devaient être affamés pour s'interrompre en pleine chasse... Cependant, même si elle ne connaissait pas vraiment leurs mœurs, En'trie craignait qu'il ne se contenterait pas de la viande morte qu'ils avaient trouvée.

    Soudainement, une élévation brusque de la température déchira les réflexions d'En'trie. Par réflexe, elle se jeta sur le côté, juste à temps pour éviter une grosse partie de flammes d'un rouge ardent. Elle roula sur elle-même, sans faire attention à son bras gauche qui la cuisait, puis se releva avec célérité. En face d'elle, le Sanza avançait, une lueur amusée dans ses yeux d'un vert étonnant. Elle entendit le râle d'un blessé plus bas, un pleur étouffé, un rampement désespéré, mais n'y prêta aucune attention. Il lui semblait être prise dans un duel étrange, un duel où le félin tentait par son regard de la soumettre, d'agir sur elle.

    L'idée qu'une créature de bas étage, tout juste bonne à terrifier quelques humains, puisse croire vaincre une presque Déesse libéra quelque chose en elle. Ce n'était pas de la colère, pas vraiment de la rage, mais un souffle au goût de tempête contenue. Ses mains sentirent un afflux liquide les rafraîchirent, et il lui sembla qu'un chemin venait enfin de s'ouvrir, lui offrant une possibilité de retrouver lentement quelques uns de ses pouvoirs perdus.

    Au moment où elle remarqua les moustaches du Sanza frémir, elle tendit le bras avec brusquerie vers lui... Et un filet d'eau en jaillit. Faible, maigre et un peu pathétique, comme un ruisseau sans élan ni précision... mais qui éclaboussa tout de même la créature de feu, lui arrachant un rugissement contrarié, et rompant le sort qu'il comptait lancer. Il paraissait désormais affaibli, et l'aura brûlante qui l'entourait tantôt semblait avoir presque disparu. Désormais, quelques blessures maculant son pelage se remarquaient, et En'trie se demanda comment elle avait pu trouver ce monstre beau. Il n'avait plus rien d'un être touché par la grâce d'Ignis... Plutôt d'un enfant jouant avec l'infime parcelle d'un pouvoir qu'il ne pouvait complètement appréhender.

    « Je m'occupe du Sanza » déclara-t-elle calmement, sans regarder si Jizanaël l'entendait.

    La reprise d'un sifflement au loin aurait pu paniquer En'trie, mais elle l'ignora. La bête était pour elle, c'était désormais un combat personnel. Par sa faiblesse et son intelligence limitée, le félin souillait les Dieux. Il la souillait en la provoquant, en se plaçant comme son égal, l'égal d'une Servante d'Aqua millénaire. Il n'avait en rien la grâce d'un véritable fils des Dieux. Son existence en elle-même était une provocation.

    L'Invocation se jeta alors sur le côté, et le félin bondit, enragé. Il atterrit sur elle, toutes griffes dehors, et lacéra une de ses épaules. Ses crocs visèrent sa gorge, mais d'une poussée puissante, En'trie agrippa son museau. Il tenta de se libérer d'une ruade, mais elle contracta ses muscles pour l'empêcher de les faire rouler le long de la dune et ainsi de la faire lâcher prise. Ils étaient de force similaire ; elle affaiblie et légèrement blessée, lui pourtant les séquelles de son récent combat.

    Il n'y avait qu'une autre solution. Elle se concentra, et convoqua l'eau à elle, puisant dans les faibles ressources de son corps meurtri. Un liquide pur suinta de ses mains. La faible quantité, encore plus bridée par l'aridité des alentours, n'aurait peut-être pas suffit, mais l'Invocation tenait le museau de l'animal... L'eau s'infiltra alors dans ses narines, coula sur ses sensibles moustaches, provoquant des convulsions et autres sursauts de douleur. En'trie lâcha ensuite brusquement le Sanza, qui glissa à terre, épuisé. Elle se jeta de toutes ses dernières forces sur lui et assena du tranchant de la main un coup sur la nuque offerte de l'animal blessée.

    Un craquement sourd retentit, et le Sanza s'écroula, désormais immobile.

    « Maîtresse... Maîtresse... »

    En'trie était choquée, choquée de cette violence bestiale dont elle avait été capable. Elle ne tuait pas comme ça, elle ! Elle était une Déesse, une fille de la Création qui donnait vie et offrait l'harmonie. La mort, elle la contemplait, elle l'encourageait parfois, ou aidait par ses pouvoirs à sa venue... Mais elle n'usait pas de son propre corps pour la faire, non ! Elle, créature sacrée, pure, elle... au corps à corps ? C'était... sale, répugnant, à vomir. Comme...

    « Qui es-tu, créature abominable ? Ne bouge plus ! » hurla une voix humaine à la fois terrifiée et désespérée.

    En sentant la pointe en métal d'une arme contre son dos, elle s'immobilisa, nauséeuse, en se demandant ce qui avait bien pu se passer pour Jizanaël durant son corps à corps contre le Sanza.
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Jizanaël

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MessagePosté le: Mer 17 Aoû - 21:03 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant

« Je m'occupe du Sanza. »
    Et, en effet, En’trie fit preuve d’une force étonnante. Ou du moins, d’une force de Demi-Déesse, mais c’était la première fois que je la voyais à l’œuvre, et je ne pouvais pas m’empêcher d’être impressionnée. Cependant, alors que mon invocation était en plein combat avec le Sanza, je repris mes esprits. La jeune femme était blessée et avait besoin de soins : je ne pouvais pas rester sans rien faire. J’accourus vers elle, et lui préparai un bandage de fortune, agrémenté de quelques plantes pour diminuer la douleur et favoriser la cicatrisation. Les deux hommes me regardaient, tentant sûrement de savoir si j’étais une ennemie ou une alliée. Ils semblèrent finalement trancher que j’étais de leur coté, et se retournèrent vers le combat entre les deux créatures. Elles se livraient une lutte magnifique, et j’étais frustrée de ne pas pouvoir venir en aide à En’trie. Je risquai de la toucher elle, et je ne pouvais pas me résoudre à prendre le risque.
« Qui êtes-vous ? demandai-je au groupe.
- Lui, et moi sommes chasseurs, me répondit l’un des hommes. La demoiselle nous a engagés pour vaincre le Sanza. Mais elle a absolument voulu venir et… Voilà. »
    Des chasseurs ? Ils étaient peut-être armés, mais ils n’avaient apparemment rien pu faire contre ce Sanza. Soit ils étaient débutants, soit ce n’étaient que des charlatans qui tentaient de se faire de l’argent avec une chasse de trop haut niveau pour eux. Mais ce n’était plus le moment de poser les questions. Alors que je parlai avec les hommes, En’trie avait finalement vaincu le Sanza. Je ne pus m’empêcher d’éprouver une certaine fierté. Certes, je n’avais pas participé au combat, mais En’trie était mon invocation, et…
« Maîtresse... Maîtresse... »
    Le ton d’En’trie m’alarma. Que lui arrivait-il ? Avait-elle été blessée, avait-elle utilisée trop de forces ? Mais alors que j’accourais vers elle, j’aperçus la jeune femme, apparemment remise de ses blessures, qui s’était discrètement glissée vers la fille d’Aqua.
« Qui es-tu, créature abominable ? Ne bouge plus ! »
    Je ne pouvais pas le supporter. Je bandai mon arc en direction de la jeune femme, terriblement vexée par son affront. Ne voyait-elle pas qu’En’trie ne se sentait pas bien ? Et de quel droit la traitait-elle de créature abominable, cette pathétique humaine ? Mais, tant bien que mal, je me ressaisis. Non pas parce que je comprenais le geste de la fille, mais parce que les Zuhus arrivaient. Absorbée par les événements, je n’avais pas fait attention au sifflement, mais il était devenu assourdissant. Finalement, je visai celui qui s’approchait dangereusement d’En’trie et tirait. Cette fois-ci, je ne ratai pas la jointure de son aile et de son corps : le Zuhu était vivant, mais à terre.
« Cette créature n’est autre qu’une Demi-Déesse, inconsciente ! Et elle est avec moi ! »
    Pour la première fois depuis des mois, voire des années, j’avais perdu mon calme. Mais qu’importait : on ne traiterait pas En’trie de cette façon, pas tant qu’elle serait sous ma responsabilité. Je me dirigeai vers la jeune femme, l’écartai brusquement et me tint aux cotés d’En’trie. Je ne savais pas ce que pensaient les deux « chasseurs ». Prendraient-ils peur de nous ? Fuiraient-ils les Zuhus ? Ou bien nous aideraient-ils ? A moins… qu’ils se retournent contre la créature abominable et sa maîtresse… Par prévoyance, je devais les surveiller.
« Tient bon, En’trie, je suis avec toi. »
    Je ne savais que dire d’autre. J’espérais l’encourager, mais serait-ce suffisant pour la remettre d’aplomb ? De plus, je commençais moi-même à me fatiguer, et j’espérais achever rapidement les prédateurs du désert. Peut-être pourrions-nous ensuite nous reposer à l’oasis qu’avait aperçu En’trie. Mais pour l’heure, il fallait se concentrer sur les monstres.
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MessagePosté le: Ven 19 Aoû - 11:03 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant

    Immobile, la conscience brumeuse de fatigue, En'trie n'osait même pas bouger. Elle était épuisée, avait envie de vomir, et n'arrivait pas à savoir que faire. L'arme dans son dos était dissuasive, non pas parce qu'elle craignait l'humaine, mais parce qu'elle avait peur de ce qu'elle ferait à Jizanaël si elle lui résistait... car dans son état, un sauvetage semblait compromis. Et s'ils avaient profité de son combat pour agresser sa Maîtresse ? Elle ne se le pardonnerait jamais.

    Puis, dans son champ de vision, En'trie aperçu son Invoqueuse. Un soulagement sans borne fut sa première réaction... Avant d'apercevoir le Zuhus : il y avait tellement de bruit qu'elle n'arrivait même plus à réfléchir à son approche. Le sifflement était juste devenu un synonyme de leur situation précaire, et non plus un moyen de localiser un ennemi. Tétanisée, elle ne savait que faire, lente à réfléchir et à agir, et ne put qu'observer du coin de l'oeil Jizanaël décocher une flèche à l'animal qui hurla avant de s'écrouler quelques mètres plus loin.

    À en croire par l'arrêt de sa respiration, et le tremblement de son arme, la femme qui la tenait en joue devait être pétrifiée de terreur. Sa Maîtresse lui bondit dessus, furieuse.


    « Cette créature n’est autre qu’une Demi-Déesse, inconsciente ! Et elle est avec moi ! »


    Ses cheveux ébouriffés lui donnait une aura flamboyante, et quand elle se plaça à côté d'elle en lui murmurant une parole de réconfort, En'trie fut à la fois heureuse et meurtrie. Selon les Dieux, les rôles auraient dû être inversés. Mais pourquoi rendre leurs enfants si faibles s'ils voulaient en faire de bons serviteurs ?

    L'Invocation distingua ensuite les deux autres hommes qui s'avançaient vers eux, l'air hésitants. L'un, brun à la peau mate, possédait une arbalète dirigée vers les airs, à la recherche du deuxième Zuhu, et l'autre, petit et nerveux, hésitait en serrant son bras droit apparemment cassé.


    « Maîtresse, lui chuchota En'trie, vous êtes blessée et j'ai perdu beaucoup d'énergie. Ces deux Zuhus sont de trop. Vous qui savez parler aux vôtres, vous pourriez peut-être les convaincre de s'en occuper, pour que nous en profitions pour partir loin de ce carnage.»


    Puis elle tourna la tête vers l'humaine qui avait reculé en baissant son épée, une femme blonde à la peau brûlée par le soleil. Elle puait la peur d'ici ; et la peur rendait les humains dangereux. La fille d'Aqua ne l'aimait pas. Elle se força tout de même à prendre la parole :


    « Vous feriez mieux de tuer le Zuhu à terre et d'espérer que l'autre ai plus faim qu'envie de vous poursuivre, au lieu de perdre votre énergie à menacer un allié épuisé.»


    Une slave de sable brûlant les aveugla ; le Zuhu à terre se déplaçait, apparemment dans le but de les dévorer. En'trie recula précipitamment, espérant que Jizanaël serait d'accord d'abandonner ces humains au sort qu'ils avaient cherché.
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MessagePosté le: Dim 21 Aoû - 21:14 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant

« Maîtresse, lui chuchota En'trie, vous êtes blessée et j'ai perdu beaucoup d'énergie. Ces deux Zuhus sont de trop. Vous qui savez parler aux vôtres, vous pourriez peut-être les convaincre de s'en occuper, pour que nous en profitions pour partir loin de ce carnage. »
    Nous devions décidément paraître bien faibles à des yeux étrangers. Peut-être cela nous aiderait-il à fuir, si ces humains nous prenaient plus pour des poids que pour des atouts. Mais ils savaient désormais qu’En’trie était une demi-déesse, et j’avais fait preuve d’une grande adresse à l’arc devant eux. De plus, si nous les laissions, avaient-ils une chance face aux deux monstres ? Certes, l’un d’eux était à terre, mais l’autre paraissait plus agressif – ou plus affamé – que jamais. Quoi qu’il en soit, j’étais d’accord avec mon invocation : nous n’étions plus aptes à nous battre.
« Vous feriez mieux de tuer le Zuhu à terre et d'espérer que l'autre ai plus faim qu'envie de vous poursuivre, au lieu de perdre votre énergie à menacer un allié épuisé. »
    J’aurai bien renchérit sur les paroles d’En’trie, mais le Zuhu ne m’en laissa pas le temps : il s’approchait dangereusement. La fille d’Aqua s’écarta, mais ce n’était pas elle que visait le monstre : celui-ci voulut happer la main de la jeune blonde. Par un heureux réflexe, je m’emparais de ma dague et égorgea le Zuhu alors que celui-ci tendait le cou vers sa proie. La jeune fille, toute ébranlée, ne me remercia même pas. Je l’ignorai, et me retournai vers les deux hommes avant la venue du deuxième oiseau du désert.
« Vous, là, les chasseurs ! Qu’est ce que vous attendez pour achever l’autre ? Nous ne pourrons pas sauver votre peau si vous n’agissez pas ! »
    Et la notre non plus, d’ailleurs. Je n’avais pas encore complètement perdu ma haine, et elle n’était pas prête de disparaître avec notre situation actuelle. La chaleur commençait sérieusement à m’étouffer, et je ne rêvai que d’une chose : trouver de l’ombre, de la fraîcheur. Alors que les deux hommes se dirigeaient vers le dernier Zuhu vivant, celui-ci piqua vers la carcasse de son semblable et commença à la déchiqueter. Très bien : ils n’auraient pas de mal à le tuer, s’ils se montraient assez rapide. Je me retournai vers En’trie.
« Allons-y, il nous faut gagner l’oasis que tu as vu. Ces hommes s’en sortiront très bien sans nous. »
    Je m’éclipsai donc de la vue des chasseurs en gravissant quelques dunes, sans même vérifier si En’trie me suivait. Le vent, qui se faisait de plus en plus violent, aurait tôt fait d’effacer nos traces, et je n’en désirai pas moins : être suivie par un groupe d’humains ne m’aurait pas véritablement enchantée. Néanmoins, après quelques dizaines de mètres de marche, j’entendis un éternuement derrière nous. La fille nous avait suivit. Je fis un geste à En’trie, lui indiquant d’accélérer le pas. Je ne voulais pas qu’elle sâche que nous l’avions repéré, mais lorsque je m’adressai à la fille d’Aqua, je parlai tout de même d’une voix basse :
« Décidément, il est parfois dangereux de dédier ses pas au hasard. Dis-moi, En’trie, que voudrais-tu faire, après être sortie du désert ? Sois sincère. »
    Et alors que je parlais, nous aperçûmes les arbres qui émergeaient du sable, l’herbe hésitante et le doux bleu de l’eau. L’oasis était devant nous.
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MessagePosté le: Jeu 25 Aoû - 11:37 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant

    En'trie s'était retrouvé à terre après s'être écartée par réflexe, et elle ne put rien faire lorsqu'elle vit Jizanaël bondir vers le Zuhu. Pendant un court instant, elle fut horrifiée et tétanisée, puis la tension se relâcha lorsque le monstre s'écroula, égorgée.


    « Allons-y, il nous faut gagner l’oasis que tu as vu. Ces hommes s’en sortiront très bien sans nous. »


    Soulagée par la décision de sa maîtresse, En'trie se leva pour la guider, ne jetant même pas un regard en arrière. Déjà, elle réfléchissait à la suite. Un oasis, dans un désert, c'était encore plus attirant qu'une flamme dans la nuit. Était-ce finalement une si bonne idée que ça ? Mais... s'il n'y avait personne, elles pourraient enfin se reposer, et se soigner.

    L'invocation tendit soudain l'oreille en remarquant un nouveau sifflement. L'autre Zuhu s'était-il... ? Un hurlement humain l'interrompit. Peut-être les chasseurs n'avaient-il pas eu beaucoup de chance. Au moins, En'trie espérait qu'ils seraient enfin utiles en rassasiant le monstre. Elle continua d'écouter, mais ne perçut jamais le deuxième hurlement. Signe d'une mort silencieuse, ou d'un Zuhu en moins ?

    Et la fille ? Une respiration haletante lui parvint, rauque et bruyante, derrière elles. Elle les suivait. Probablement qu'En'trie et sa maîtresse était sa seule chance de survie. L'Invocation allait prévenir sa maîtresse lorsqu'un éternuement de la jeune fille s'en chargea. Par geste, Jizanaël ordonna à la servante d'Aqua d'accélérer ; cette dernière obéit, désormais moins épuisée de son dernier combat. Elle reprenait tout de même ses forces plus rapidement qu'un humain, et c'était le premier bon signe de la journée...


    « Décidément, il est parfois dangereux de dédier ses pas au hasard, chuchota sa maîtresse. Dis-moi, En’trie, que voudrais-tu faire, après être sortie du désert ? Sois sincère. »


    Troublée, l'Invocation ne répondit pas tout de suite. Et puis, cette odeur violente d'eau la frappa comme une gifle. C'était... humide, frais presque, un trésor dans cet univers de feu. Les pieds tendres et brûlés d'En'trie se posèrent sur de l'herbe sèche, mais vivante, et elle aperçu ensuite le coeur de l'Oasis bordé de quelques panier. C'était un étang saumâtre et brun, long de quelques mètres. L'eau semblait chaude, sale, et rance, mais c'était beau à faire pleurer, une larme d'Aqua dans les terre d'Igni. Un baume sur ses blessures. Un poids invisible qu'elle n'avait même pas remarqué sembla soudain quitter son cœur, la laissant plus sereine, et plus détendue. Elle souri.


    « Je suis évidemment à vos ordres, maîtresse. Cependant... Dans ces terres de feu, je ne suis pas en forme, et ai du mal à vous servir correctement ; j'admets mon échec. Si par contre vous vous dirigiez vers des contrées où règne Aqua, alors je serai enfin une Invocation digne et efficace, prête à vous rendre fière. Mais si vous pensez que ma force actuelle suffit, allez où votre cœur le désire. »


    Puis, semblant apparaître de nulle part, une vieille dame vêtue de blanc sale jaillit devant elles, interrompant sans gêne leur dialogue. Sa peau ridée avait la couleur de bois sombre, et dans ses yeux brillait l'avidité.


    « Mais peut-être que la Maîtresse de la Déesse préfèrerait aller chercher un trésor, un grand trésor ! Et Mémé Tesa serait tellement heureuse de savoir qu'une noble chasseuse s'occuperait de ce trésor, ce grand trésor, qu'elle lui offrirait de beaux cadeaux avant son départ ! »


    En'trie se retourna, intriguée par un bruit étouffé de lutte. Un... non deux humains accompagnaient cette vieille dame, et l'un avait attrapé la jeune fille qui les suivait, pensant peut-être qu'elle voyageait avec elles.


    « Oh, de vilains garçons veulent la jolie blonde amie, non, non ! Peut-être que si la chasseuse promettait de partir chercher le beau, le grand trésor, Mémé Tesa lui rendrait la jeune fille à son retour.
    Lâchez moi, je n'ai rien à voir avec elles, lâchez-moi ! hurlait, dans un accès de panique complète, la jeune fille qui se débattait vainement.
    Voulez-vous un peu de gâteau ? » ajouta en souriant la vieille dame, une boite remplie de morceaux poisseux et rancis tendue vers elles et son regard brillant posé sur Jizanaël.
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MessagePosté le: Jeu 25 Aoû - 17:52 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant

« Je suis évidemment à vos ordres, maîtresse. Cependant... Dans ces terres de feu, je ne suis pas en forme, et ai du mal à vous servir correctement ; j'admets mon échec. Si par contre vous vous dirigiez vers des contrées où règne Aqua, alors je serai enfin une Invocation digne et efficace, prête à vous rendre fière. Mais si vous pensez que ma force actuelle suffit, allez où votre cœur le désire. »
    Il était vrai que, même si nous n’étions pas dans le domaine d’Aqua, En’trie faisait preuve d’une force étonnante, ou du moins bien supérieure à celle d’un humain. Dans quelque endroit où nous nous trouvions, elle serait toujours un atout formidable en cas d’affrontement. Cependant, je ne pouvais pas la laisser loin de ses origines, de l’onde des lacs et des mers. Même s’il ne s’agissait pas des endroits que je connaissais le mieux en Arcane, je pouvais l’y mener. Et c’était peut-être mieux ainsi. Car elle pourrait m’apprendre. Elle pourrait m’enseigner les mystères de l’eau, les secrets des vagues, et percer pour moi les mystiques pluies. Un nouveau monde s’offrait devant moi, porteur de nouvelles expériences, de nouvelles découvertes. Mais ce n’était pas le moment de lui demander. Je lui en ferai la requête, plus tard. Lorsque nous aurons atteint les terres tant espérées d’Aqua, qui ne résidait ici qu’en un oasis isolé.
« Mais peut-être que la Maîtresse de la Déesse préfèrerait aller chercher un trésor, un grand trésor ! Et Mémé Tesa serait tellement heureuse de savoir qu'une noble chasseuse s'occuperait de ce trésor, ce grand trésor, qu'elle lui offrirait de beaux cadeaux avant son départ ! »
    Je sursautai. La vieille femme qui nous avait abordées n’inspirait pas confiance. D’ailleurs, le fait qu’elle ait prit en otage la jeune insolente n’arrangeait rien à l’image qu’elle nous montrait. Des beaux cadeaux ? Je n’en avais cure. Quant à la fille, je n’avais pas digéré son affront, mais je m’étais calmée et retrouvais la raison. Nous ne pouvions tout de même pas la laisser aux traitements de ces inconnus ? Non, c’était impensable, je ne pouvais pas imaginer ce qu’ils pouvaient lui faire subir.
« Oh, de vilains garçons veulent la jolie blonde amie, non, non ! Peut-être que si la chasseuse promettait de partir chercher le beau, le grand trésor, Mémé Tesa lui rendrait la jeune fille à son retour.
Lâchez moi, je n'ai rien à voir avec elles, lâchez-moi !
Voulez-vous un peu de gâteau ? »
    Je regardai les pâtisseries, me demandant si une telle chose pouvait s’appeler « gâteau ». Malgré la faim qui commençait à m’envahir, je me promis de ne jamais y goûter. Puis je réfléchis. Valait-il mieux laisser cette fille à son sort et partir ? Ou tenter l’aventure et avoir la conscience tranquille ? Nous n’avions rien à perdre à jouer à la chasse au trésor, si ce n’est du temps. Et du temps, nous en avions à revendre. Bien que rien ne nous pressait à rester dans ce désert, il fallait bien admettre que nous n’avions plus vraiment le choix. Si nous essayions de partir maintenant, les hommes de Mémé Tesa pouvaient toujours tenter de nous en empêcher.
« Non merci, pour les gâteaux. Pour ce qui est de votre ‘‘trésor’’, si tant est qu’il existe, nous allons le chercher. Où devons-nous aller ?
- Ah, bien, bien ! Un des vilains hommes vous accompagnera, il sait où est le beau, le précieux trésor… Allez, maintenant, allez le cherchez pour Mémé Tesa, ou la jolie fille… couic ! »
    Un guide ? C’était plutôt un gardien, je l’aurai parié. Ne prenant même pas la peine de répondre à la vieille femme, dont les yeux brillaient d’une lueur malsaine, je suivis l’homme. Il était grand, plutôt pâle pour un habitant du désert, et son attitude était incroyablement hautaine. Je le laissai prendre un peu d’avance pour parler à En’trie et lui expliquer mon choix :
« Ils ne nous auraient pas laissé le choix. De plus, je suis curieuse de voir ce trésor de mes propres yeux. Cependant, je crains un piège, cette femme n’est pas digne de confiance. »
    Et le piège, c’était ça : un gigantesque golem, créature de roche et de pierres, qui attendait patiemment à l’ombre d’une dune. Logique que la vieille femme n’ait pas approché son trésor ; elle n’aurait pas fait le poids face à cet être venu des tréfonds de la terre. Et nous non plus, nous n’avions aucune chance, si nous n’avions pas une stratégie implacable. Puis notre guide se tourna vers nous :
« Voici le gardien du trésor, Golem. Pour obtenir ce que vous demande la Grande, Illustre et Exceptionnelle Mémé Tesa, vous devez le vaincre, c’est aussi simple que cela. Il ne vous attaquera pas tant que vous ne vous approcherez pas. »
    Je remarquai rapidement qu’il possédait une lance, mais celle-ci ne serait sans doute d’aucune utilité contre le colosse pierreux. Réfléchissons. Les Golems étaient certes puissants, mais ils n’étaient pas invincibles, et ils n’attaquaient pas tant que son territoire n’était pas menacé. Pour l’instant, il semblait n’avoir même pas remarqué notre présence.
« Bien, nous voilà avancés. Je ne vois qu’une solution. Vous, vous restez ici. La Dame d’Aqua et moi, nous contournerons la dune pour attaquer par derrière… et par-dessus. Nous avons sans doute plus de chance de l’affaiblir si nous nous en prenons à sa tête. Ensuite, nous aviserons. »
    Je n’avais pas mieux. Je me préparai donc à contourner la colline sableuse, me demandant si je n’étais pas en train de faire quelque chose que je regretterai.
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MessagePosté le: Jeu 25 Aoû - 23:06 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant

    Jizanaël refusa poliment les gâteaux de la vielle femme, au grand soulagement d'En'trie. Qui savait quels germes s'y lovaient, prêts à rendre malade sa maîtresse ? Mais l'Invocation sursauta presque lorsqu'elle entendit la chasseuse accepter la proposition de cette « Mémé » Tesa. Pensait-elle réellement que la vieille femme lui laisserait leur gain ? Ou même, croyait-elle seulement à cette histoire de trésor ?


    - Ah, bien, bien ! Un des vilains hommes vous accompagnera, il sait où est le beau, le précieux trésor… Allez, maintenant, allez le cherchez pour Mémé Tesa, ou la jolie fille… couic ! »


    À la mention de la jeune fille, En'trie se retourna. Bâillonnée par la main d'un des hommes, elle pleurait en silence, lançant un regard pathétique d'espoir à l'Invocation. Peut-être Jizanaël avait-elle juste envie de sauver sa semblable, finalement. Cela semblait difficilement croyable à la servante d'Aqua, mais elle haussa les épaules ; elle avait appris depuis longtemps que l'espèce humaine lui resterait pour longtemps encore incompréhensible.

    Et puis, si sa Maîtresse voulait, elle se devait de lui obéir. En'trie suivit donc le guide qui leur était alloué. Cette marche fatiguante, qui suivait de peu leur fuite de tout à l'heure, l'inquiétait. Jizanaël n'avait toujours pas eu le temps de se soigner ; et si la blessure s'infectait ? Pourquoi choisissait-elle les options les plus dangereuses pour elle ? Et là, si elle ralentissait, était-ce par fatigue... ou... non, plutôt pour lui parler à l'abri des oreilles de l'homme du désert.


    « Ils ne nous auraient pas laissé le choix. De plus, je suis curieuse de voir ce trésor de mes propres yeux. Cependant, je crains un piège, cette femme n’est pas digne de confiance.
    Peut-être que l'un des chasseurs de tout à l'heure lui tombera dessus en notre absence ; je n'en ai entendu qu'un seul mourir, et nous avons parlé de l'oasis fort devant eux. S'il vit, il cherchera probablement cet endroit. Et alors, si Aqua le veut bien, nous serons débarrassées et de la vieille femme, et de la jeune fille. »


    Mais, à l'intérieur de l'Invocation, quelque chose commençait à se demander si cette humaine blonde n'avait pas été placée exprès sur leur chemin, comme par un signe divin. Et que s'en séparer ne serait pas si facile... En'trie secoua la tête en silence pour se débarrasser de ces pensées idiotes, et continua à suivre leur guide. Du moins était-elle soulagée d'apprendre que Jizanaël n'avait effectivement pas fait confiance à la l'humaine âgée. Son Invoqueuse possédait effectivement une valeur qu'elle n'avait encore jamais aperçu chez les humains... Une valeur que commençait à chérir En'trie.


    « Voici le gardien du trésor, Golem. Pour obtenir ce que vous demande la Grande, Illustre et Exceptionnelle Mémé Tesa, vous devez le vaincre, c’est aussi simple que cela. Il ne vous attaquera pas tant que vous ne vous approcherez pas.
    Bien, nous voilà avancés. Je ne vois qu’une solution. Vous, vous restez ici. La Dame d’Aqua et moi, nous contournerons la dune pour attaquer par derrière… et par-dessus. Nous avons sans doute plus de chance de l’affaiblir si nous nous en prenons à sa tête. Ensuite, nous aviserons. »


    Puisque sa maîtresse désirait ce trésor, En'trie allait le lui offrir, ou du moins essayer. Ce fut dans cet état d'esprit concentré qu'elle examina le Golem. Il ne bougeait pas, figé devant une immense dune, accroupi. Et même dans cette immobilité, dans cette position, il impressionna l'Invocation. Sa taille dépassait de loin celle d'un Zuhu, même de deux Zuhus, et une brusque bouffée de découragement lui donna envie de rebrousser chemin immédiatement. Elle se retint, et essaya de remarquer une quelconque faille. À terre, près du monstre, un souffle de vent découvrait parfois quelques ossements blanchis par le sable, ou une arme tordue, vestige de combats acharnés pour le trésor. Acharnés, et surtout vains. Comme leur mission ?

    Puis, avec un doux étonnement, En'trie découvrit qu'elle ne voulait pas que Jizanaël meurt. Plus que par devoir, c'est par envie qu'elle désirait sa vie. Mais... comment concilier la survie et les ordres de sa maîtresse ? Elles contournèrent la dune, laissant leur guide à son poste, dune qui semblait être infinie, plus grande que tout ce qu'elles n'avaient jamais vues.


    «Je crois que ce qui est sous la Dune est l'endroit que le Golem garde... Peut-être n'attaque-t-il que lorsque l'on s'en approche trop. »


    En'trie se recula un peu, essayant de visualiser cette « dune ». Peut-être le sable recouvrait-il un bâtiment, ou une grotte, quelque chose. Le trésor – s'il existait, et s'il avait le même sens que celui qu'employait les humains – devait probablement se trouver à l'intérieur. Comment y pénétrer ? Et où pouvait bien se trouver l'entrée – s'il y en avait une ? Sûrement derrière le Golem... et sous une bonne couche de sable. À moins qu'elle soit au dessus.


    «Je ne vois pas comment se défaire du Golem... Cependant, j'ai une idée. J'essaie de le déconcentrer et de l'attirer sur moi, et tu pourrais alors tenter de pénétrer à l'intérieur de ce que le Golem surveille. Je pense que l'entrée doit se trouver au dos du monstre, ou en hauteur sur la dune. Si je semble mourir, fuis. Tu pourras alors m'invoquer dans deux ou trois jours lorsque je me serai régénérée au temple. »


    Puis En'trie se tourna vers la montagne de roche brûlante qu'était le Golem en fermant les yeux. À l'intérieur d'elle, son sang remuait, charriant des gouttes de pouvoir, prêt à invoquer assez d'eau pour rendre le monstre furieux. Furieux, et dangereux.
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Jizanaël

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MessagePosté le: Dim 28 Aoû - 23:20 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant

« Je crois que ce qui est sous la Dune est l'endroit que le Golem garde... Peut-être n'attaque-t-il que lorsque l'on s'en approche trop. »
    N’ayant jamais vu de Golem de mes propres yeux, je ne pouvais qu’approuver à moitié En’trie. Les rumeurs à propos de ces créatures de pierre disaient en effet que, lorsqu’on s’en prenait à leur trésor et uniquement dans ce cas-là, ils attaquaient. Toutefois, dans la situation où nous nous trouvions, je doutais d’avoir envie de vérifier la véracité de ces propos. Tout ce que je savais, c’est qu’il nous fallait le « beau, le grand trésor », pour satisfaire cette vieille femme, sauver la fille qui avait, plus tôt dans la journée, menacé En’trie, et accessoirement préserver notre propre vie. Bref, nous ne nous trouvions pas dans des circonstances merveilleuses. Autant dire que tenter le tout pour le tout revenait à ne rien tenter du tout. Car dans les deux cas, nous avions de grandes chances de perdre énormément.
« Je ne vois pas comment se défaire du Golem... Cependant, j'ai une idée. J'essaie de le déconcentrer et de l'attirer sur moi, et tu pourrais alors tenter de pénétrer à l'intérieur de ce que le Golem surveille. Je pense que l'entrée doit se trouver au dos du monstre, ou en hauteur sur la dune. Si je semble mourir, fuis. Tu pourras alors m'invoquer dans deux ou trois jours lorsque je me serai régénérée au temple. »
    Le plan d’En’trie était judicieux, mais je ne pouvais pas me permettre de la laisser « mourir », ou du moins retourner au temple. Je ne l’avais pas délivré pour qu’elle y retourne quelques heures après, et perdre toute ses forces ne devait pas être une expérience très agréable pour une demi-déesse. Non, il ne fallait pas qu’elle prenne trop de risque, c’était hors de question. Je pris un certain temps pour élaborer une stratégie ni trop dangereuse, ni trop absurde – ce qui n’était pas un maigre exploit – et en fit part à mon invocation.
« Très bien, attire son attention. Toutefois, ne te mets en danger sous aucun prétexte, contente-toi d’éloigner le golem, si cela t’est possible. Pendant ce temps, je pourrai certainement aller chercher son trésor, comme tu l’as suggéré. C’est parti, maintenant ! »
    Je me mis hors de portée du champ de vision du Golem, pendant qu’En’trie utilisait ses pouvoirs pour le distraire. La créature sembla s’éveiller, et se leva avec une lenteur mêlée de puissance contenue. Alors que le Golem s’approchait d’En’trie, sans doute avec le désir furieux de défendre ses possessions, je recentrai ma concentration sur ce qu’il gardait. Je me faufilai discrètement jusqu’à l’endroit où, quelques minutes plus tôt, était accroupi le golem, et découvrit l’entrée d’une petite cavité. Consciente qu’il me fallait faire vite, je balayai du regard l’étroite grotte. Elle était dénuée de tout ornement, mais en son centre trônait un boitier finement ouvragé. Comment était-il arrivé sur le territoire du Golem, je n’en avais aucune idée. Je m’en emparai et sorti de la grotte, aussi silencieuse qu’une ombre. J’aperçu notre guide à quelques dizaines de mètres de là. Il semblait ne rien comprendre de la scène qui se déroulait devant ses yeux. Je lui fis signe de me suivre, mais ne sus pas s’il m’avait vu. Je devais retourner voir si En’trie s’en sortait avec la créature de pierre. Je gravis donc la dune une nouvelle fois pour m’offrir une vue dégagée des événements.
« En’trie, Nous devons nous replier ! J’ai ce que Mémé Tesa nous a demandé ! »
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En'trie

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MessagePosté le: Lun 29 Aoû - 18:58 (2011)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes Répondre en citant

    « Très bien, attire son attention. Toutefois, ne te mets en danger sous aucun prétexte, contente-toi d’éloigner le golem, si cela t’est possible. Pendant ce temps, je pourrai certainement aller chercher son trésor, comme tu l’as suggéré. C’est parti, maintenant ! »


    C'était exactement le signal qu'En'trie attendait. Elle tendit ses mains déjà gonflée d'eau vers le monstre de pierre immobile. Un rayon d'eau en jailli, d'une puissance certes faible, mais encore supérieure à ce qu'elle avait donné contre le Sanza. Même surprise par l'effet supérieur à ses attentes, le golem était une cible trop grosse et trop immobile pour la rater. Un espèce de grondement inhumain s'échappa du monstre, comme le fracas d'une montagne sur une autre, et il se leva dans un grincement sourd. L'eau continuait de l'éclabousser, et si la rage semblait le prendre, il ne paraissait pas blessé, ni même gêné. En'trie recula alors que l'eau dans ses mains s'était tarie. Le Golem, quand à lui, en une énorme enjambée parcourut près du tiers de la distance qui le séparait d'elle ; ses gestes étaient lents, lourds et pesants, mais sa taille compensait largement cet handicap de temps. Le sable s'envola dans des gerbes brûlante autour de son énorme pied, et l'invocation avala sa salive. Un deuxième pas. Elle continuait de reculer, uniquement consciente de l'avancer du monstre. Si seulement Jizanaël pouvait faire vite...


    « En’trie, Nous devons nous replier ! J’ai ce que Mémé Tesa nous a demandé ! »


    L'invocation ne put répondre ; le Golem était trop proche et elle se jeta au sol pour éviter un pied de plusieurs tonnes qui s'enfonça à un pauvre mètre d'elle. Elle releva la tête, persuadée qu'elle allait se faire écraser, quand le monstre s'immobilisa. Tentant sa chance, et persuadée de n'être pas capable de le vaincre, En'trie se releva et s'éloigna en courant ; il fallait mettre le plus de distance possible entre lui et elle avant que...

    Mais le monstre avait cessé de s'intéresser à elle. Pivotant dans un bruit de fin du monde, il se tourna lentement vers Jizanaël. Et leva une de ses jambes de pierres brûlantes. Et fit un pas.


    «Jizanaël, COURS ! » hurla de toutes ses forces En'trie.


    La demi-déesse fonça vers sa maîtresse en contournant le golem. Le prendre de vitesse était leur seule chance. Il semblait attiré vers le trésor qu'il gardait, et des deux femmes, c'était En'trie qui courrait le plus vite malgré le terrain contraignant qu'était le désert. Il lui fallait récupérer cette chose qu'avait trouvé sa maîtresse et foncer vers Mémé Tesa avant le Golem.


    «Lance-moi le trésor, on ne fait pas le poids face au monstre, il faut le prendre de vitesse ! »


    Finalement, devant l'aléatoire de son plan, elle espéra que Jizanaël aurait une autre solution pour se défaire d'un Golem furieux d'une quinzaine de mètres et d'une centaine de tonnes... et retourner en vie au camp de Mémé Tesa.


CLÔTURE DU SUJET POUR CAUSE D’INACTIVITÉ
Pour le rouvrir envoyer un Mp à l'un des membres du staff.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 10:33 (2016)    Sujet du message: Voyage... et interruptions volantes

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